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Banni pour avoir béni deux lesbiennes

Wendelin Bucheli a œuvré 17 ans à Fribourg. © Charles Ellena-a
Wendelin Bucheli a œuvré 17 ans à Fribourg. © Charles Ellena-a
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09.02.2015

Église catholique L’évêque de Coire Vitus Huonder punit le prêtre de la paroisse de Bürglen, dans le canton d’Uri. Ce Fribourgeois a osé bénir un couple homosexuel, au mépris des règles de sa hiérarchie.

Serge Gumy

Wendelin Bucheli devra quitter sa paroisse uranaise de Bürglen, à côté d’Altdorf. Son évêque de tutelle, Mgr Vitus Huonder, a demandé au curé d’origine fribourgeoise de faire ses valises au plus tard l’été prochain. L’évêché de Coire a confirmé hier à l’ATS l’information de la «NZZ am Sonntag». Motif invoqué: le curé de Bürglen a béni un couple de lesbiennes en octobre dernier. Ce faisant, «il a agi sciemment contre l’enseignement de l’Eglise», condamne le porte-parole de Mgr Huonder Giuseppe Gracia dans la «NZZ am Sonntag».

La voix de l’évêque explique que le geste du prêtre avait «causé un émoi considérable dans le pays et scandalisé beaucoup de fidèles». Mgr Huonder n’aurait dès lors eu d’autre choix que d’apporter une «clarification de l’enseignement de l’Eglise sur le mariage et la famille». Le curé en poste depuis dix ans à Bürglen en fait les frais.

Wendelin Bucheli, ancien chanoine de Guin (durant 10 ans) et curé de la paroisse alémanique de Fribourg (pendant 17 ans), dit pourtant avoir longuement réfléchi avant d’accepter de bénir les deux femmes.

On bénit bien les armes

«Aujourd’hui, on bénit des animaux, des voitures et même des armes. Pourquoi ne devrait-on pas bénir aussi un couple qui souhaite cheminer avec Dieu?» demandait-il dans le «Urner Wochenblatt». Le prêtre, qui n’a pas souhaité répondre à «La Liberté» hier, aurait agi avec l’assentiment de son conseil de paroisse, mais sans en avoir référé à son évêque.

Et pour cause: tenant d’une ligne conservatrice, jamais Mgr Huonder n’aurait donné son accord. Wendelin Bucheli, 60 ans, milite au contraire pour une Eglise plus en phase avec la société moderne. Quand il était en poste à Fribourg, il s’était publiquement exprimé en faveur du partenariat enregistré pour les couples de même sexe. En outre, dans une interview publiée en 2004 par les «Freiburger Nachrichten», il confiait avoir songé à quitter la prêtrise pour fonder une famille.

Bürglen et ses montagnes qu’il affectionne lui auront permis de «retrouver mes racines», assurait-il à ses paroissiens. Il devra aller les planter ailleurs, dans le canton de Fribourg. Mgr Huonder a en effet demandé à son homologue Charles Morerod de trouver une nouvelle affectation à Wendelin Bucheli.

Mgr Morerod approuve

Sur le fond, l’évêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg comprend la sanction infligée au curé. «Ne connaissant pas les circonstances exactes dans lesquelles Wendelin Bucheli a béni ce couple, je ne peux pas me prononcer de manière définitive. Je pense malgré tout que je n’aurais pas eu d’autre choix que de réagir comme Mgr Huonder», explique-t-il. A son avis, si un prêtre bénit un couple homosexuel dans une église, cela peut engendrer «une ambiguïté assez forte» avec la célébration d’un mariage. Or, celui-ci, aux yeux de l’Eglise catholique, demeure strictement l’union d’un homme et d’une femme disposés à avoir des enfants ensemble, rappelle Mgr Morerod.

Certes, le synode des évêques sur la famille débattra cet automne de la place des homosexuels dans l’Eglise. Le document en discussion affirme que ces «hommes et femmes doivent être accueillis avec respect et délicatesse» et ne doivent pas être victimes d’aucune «marque de discrimination». Il ajoute cependant qu’il «n’y a aucun fondement pour assimiler ou établir des analogies, même lointaines, entre les unions homosexuelles et le dessein de Dieu sur le mariage et la famille». En octobre, ce paragraphe n’a cependant pas recueilli la majorité qualifiée des évêques, en raison de l’opposition des conservateurs.

«Je peux comprendre le désir des personnes homosexuelles d’être bénies par l’Eglise», argumente Mgr Morerod. «Pour y répondre, toutefois, un prêtre peut prier avec elles, sans aller jusqu’à bénir leur union.»

Pourtant, d’après une enquête d’opinion publiée il y a un an par la Conférence des évêques suisses, près de 60% des catholiques interrogés se disent favorables à la reconnaissance et à la bénédiction des couples homosexuels. La hiérarchie n’est-elle pas en complet décalage avec sa base? «Il n’y a pas de doute là-dessus», répond sans ambages Mgr Morerod. «Reste que cette question doit être tranchée au niveau de l’Eglise universelle, et pas au niveau local.» 

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