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Le virus frappe plus les femmes

Malgré les protections mises en place, les caissières des magasins d’alimentation ont été particulièrement exposées au virus. © Alain Wicht
Malgré les protections mises en place, les caissières des magasins d’alimentation ont été particulièrement exposées au virus. © Alain Wicht
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26.05.2020

Les femmes sont plus exposées, car majoritaires dans les professions à risque

Jessica DaVis Plüss et Jonas Glatthard, Swissinfo

Pandémie » Les statistiques révèlent que davantage de femmes que d’hommes ont été infectées par le coronavirus depuis que les mesures de distanciation sociale sont en vigueur en Suisse. Explications.

Lorsque le coronavirus a commencé à se répandre en Suisse, les hommes représentaient la majorité des cas confirmés. Mais le nombre de femmes contaminées a progressivement augmenté, jusqu’à atteindre celui des hommes lors de l’entrée en vigueur du semi-confinement, le 16 mars.

Après quelques semaines de ralentissement économique et social, les femmes sont devenues les plus touchées par les nouvelles infections. A la mi-mai, le nombre total d’hommes testés positifs atteignait 13 800 (46%) et celui de femmes 16 500 (54%), d’après les chiffres de l’Office fédéral de la santé publique.

Dans d’autres pays aussi

D’autres pays ont constaté la même tendance. Les femmes représentent 53% des personnes testées positives au coronavirus en Italie, 52% en Allemagne et 57% en Espagne ainsi qu’en Suède. D’après un rapport publié par le groupe d’experts de la task force scientifique Covid-19 du Gouvernement suisse, les femmes sont plus exposées au virus notamment parce qu’elles sont majoritaires dans les métiers de la santé et la prise en charge des personnes âgées. Cela signifie aussi qu’elles sont testées plus souvent.

Elles sont également surreprésentées dans la vente et la garde d’enfants, des emplois qui ne peuvent pas s’effectuer à domicile et qui impliquent un contact direct avec d’autres individus. La task force relève que les femmes travaillent souvent dans des métiers moins bien rémunérés, où il est parfois plus difficile d’exiger du matériel de protection lorsqu’il n’est pas mis à disposition.

Helena Trachsel, responsable du bureau de l’égalité du canton de Zurich, note dans le Tages-Anzeiger que le nombre de femmes ayant un emploi à temps partiel en Suisse est le deuxième le plus élevé d’Europe. Cela signifie qu’elles sont aussi plus mobiles, ce qui augmente leur exposition au virus.

Catherine Gebhard, spécialiste du genre en médecine à l’Université de Zurich, confie que des recherches sont en cours pour tenter de comprendre les différences entre hommes et femmes au niveau des infections au coronavirus. Elle soutient que pour le moment, les «différences sociales» semblent jouer un plus grand rôle que les «différences biologiques».

Elles résistent mieux

Mais même avec un taux d’infection plus élevé, les femmes sont moins touchées par des formes sévères de Covid-19. Elles représentent seulement 40% des décès liés au coronavirus en Suisse. Un écart qui s’observe également dans d’autres pays, comme la Chine et les Etats-Unis.

La crise liée au coronavirus a par contre tendance à affecter davantage les femmes, relève la task force scientifique. Les violences conjugales se sont renforcées avec le semi-confinement et les soins ainsi que le suivi des femmes enceintes ou venant d’accoucher ont été réduits, car les ressources médicales se sont concentrées sur le Covid-19.

Des pères sollicités

L’impact économique frappe plus durement les femmes, qui se trouvent plus souvent dans des situations précaires, assument davantage de tâches non rémunérées et représentent la majorité des familles monoparentales. Cela signifie que «leur capacité d’absorber les chocs est plus faible que chez les hommes». La task force ajoute que l’école à la maison est souvent venue s’ajouter aux tâches des femmes, ce qui a encore renforcé leurs difficultés à concilier vie familiale et carrière professionnelle.

Toutefois, le groupe d’experts observe que de nouvelles formes d’organisations plus égalitaires émergent de la crise. Les pères ont notamment tendance à s’occuper davantage de leurs enfants avec le semi-confinement et la généralisation du télétravail pourrait avoir des effets positifs sur l’égalité entre les genres.

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