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Une leçon de politique

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14.07.2020

Paul Grossrieder

Opinion

Plusieurs des leaders politiques actuels sont des personnalités animées par une frénésie émotionnelle (Trump, Bolsonaro), une idéologie illibérale (Orban), ou encore guidées par une volonté autocratique (Xi Jinping, Poutine, Erdogan). Aucune n’incarne cependant ce qu’on peut tenir pour des modèles de politique rationnelle. On est plutôt dans la réaction irréfléchie, soucieuse d’imposer des vues aux populations sans égard ni pour les minorités ni pour l’Etat de droit ou les droits fondamentaux.

Dans ce contexte préoccupant, le long entretien accordé par Mme Merkel aux journaux du réseau Europa constitue une leçon de politique au sens le plus noble du terme. Nous ne retiendrons ici que la manière dont la présidente en exercice de l’Union européenne réfléchit aux défis qui l’attendent, qui tranche avec les méthodes des personnalités citées plus haut.

En premier lieu, Mme Merkel a des convictions et ne craint pas de les afficher. Originaire de l’Allemagne de l’Est totalitaire, elle est sensible aux valeurs de la démocratie et aux droits de l’homme. Mais ses convictions ne l’empêchent pas d’être réaliste: elle se dit par exemple «inquiète» que l’UE «n’ait pas su apporter la preuve à 100% que le modèle libéral démocratique est en train de s’imposer». Sa culture historique lui permet de mettre en perspective l’ensemble des problématiques actuelles (crise financière, crise sanitaire, réfugiés, climat). Elle rappelle que dans l’UE «il y a toujours eu des moments de tension».

Cette approche historique et globale qui inclut toutes les difficultés de l’Europe conduit la chancelière à demander de «tout mettre en œuvre pour assurer notre capacité de résistance». Mais Mme Merkel n’oublie pas l’intérêt de son pays: «Il est dans l’intérêt de l’Allemagne que nous ayons un marché unique fort, que l’UE devienne de plus en plus unie et qu’elle ne s’effondre pas. Ce qui est bon pour l’Europe était et demeure bon pour nous.» Du coup, une UE forte est aussi dans l’intérêt de tous les autres membres, car «pour que l’Europe survive, son économie doit aussi survivre». Ici, la chancelière défend un équilibre entre les intérêts économiques et la responsabilité des Etats. C’est pourquoi, elle accepte que l’Allemagne, moins endettée que d’autres, participe à l’effort commun (cf. le fonds d’aide de 750 milliards d’euros).

Quant aux Etats-Unis et à la Chine qui font tout pour diviser l’Europe, Mme Merkel considère qu’un dialogue reste essentiel, car tant Pékin que Washington ont besoin de l’UE. «Ne pas parler ensemble ne saurait être une bonne idée.» Mais pour réussir, «l’Europe (devrait) apporter une contribution». Mme Merkel ne doute pas cependant que ce dialogue sera d’autant plus difficile que certains Etats membres (Hongrie, Pologne, Tchéquie) sont tentés de céder aux sirènes de l’autocratie et du populisme. Là encore, elle rappelle l’histoire et le temps qu’il faut aux «pays de l’Est» pour «constituer leur identité nationale».

Cet entretien reprend les idées de son discours de Harvard (mai 2019) et livre une leçon de politique: «Rien n’est acquis, mais tout est possible.»

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