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Xi Jinping et Alexandre le Grand

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30.07.2021

Paul Grossrieder

Opinion

Deux empereurs qui, à 24 siècles de distance, n’ont de passion et de sentiment que pour la puissance de leur empire. Sans faire de comparatisme historique facile et dénué de sens, retenons les réactions et méthodes similaires des deux personnages. En se référant aux biographies de Xi Jinping et d’Alexandre, on ne peut que constater quelques analogies de réactions face à des situations semblables. Le but de ces lignes est de montrer que Xi se comporte comme un empereur.

Commençons par la manière dont le maître de Pékin traite la région administrative spéciale de Hong Kong, qui aurait dû garder son statut d’indépendance et de liberté jusqu’en 2047. L’empereur Xi Jinping ne peut supporter que ce petit territoire ne s’intègre pas totalement à l’unité du grand empire continental. Il saisit l’occasion du 100e anniversaire du PCC pour fermer le dernier quotidien indépendant de Hong Kong et arrêter son directeur. Le parallèle avec l’épisode de remise à l’ordre des militaires insoumis de son armée à Gaza est frappant. Alexandre, pour des raisons d’efficacité militaire il est vrai, est irrité, tout comme Xi Jinping, par ces insoumissions. Pas plus que l’empereur chinois d’aujourd’hui, il ne peut tolérer une telle faille dans l’unité au sein de ses troupes et ordonne d’exécuter les insoumis. Bien sûr, dans le cas du Macédonien on parle d’une armée, mais le PCC n’est-il pas une sorte d’armée civile qui exige une homogénéité totale? Toujours est-il que dans les deux cas, tout écart de la ligne imposée par l’empereur est intolérable et que des mesures radicales sont prises pour y mettre fin.

Dans cette logique impériale unitaire, pourquoi le cas de Taïwan est-il toléré? Là encore, la méthode de Xi ressemble à celle d’Alexandre. Celui-ci, dans sa conquête de l’empire achéménide de Darius, n’affronte pas toujours de face les obstacles rencontrés. Au contraire, il pactise avec son ennemi et, dans un premier temps, confie quelques provinces à des dirigeants perses. Actuellement Xi semble être dans une phase similaire avec Taïwan. D’une part, il dit constamment qu’il ne supporte pas ce défaut d’unité idéologique et politique, mais d’autre part, tout comme Alexandre avec les Perses, il cherche à retourner progressivement l’opinion de certains dirigeants pour en faire finalement des avocats de sa cause. Les deux «empereurs» pratiquent ainsi une sorte de prudence rusée.

On peut ajouter d’autres exemples. Vers la fin de son règne, Alexandre se sent contesté en raison de son autocratisme absolu. Xi Jinping n’en est pas encore là, mais il sait que la grogne règne chez certains grands entrepreneurs en train de perdre leur autonomie de décision. Enfin, tout comme le lointain Macédonien, il cherche à constituer autour de lui un cercle restreint de fidèles.

Reste la question de la succession. Alexandre était devenu un empereur tellement autoritaire et isolé qu’en l’absence d’un successeur de même envergure, son empire, après sa mort, est devenu l’objet de luttes d’influence concurrentes et a fini par se démembrer et disparaître. Qu’en sera-t-il de la Chine lors de la succession (encore lointaine) de Xi Jinping?

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