La Liberté

12 heures sur le Pont


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Ici c’est comme ça » Vietnam, delta du Mékong. C’est grand, c’est plat et c’est plein d’eau. S’offrent au regard des cocotiers, des rizières, des rivières et des canaux. Il y a encore les bras du fleuve enjambés par de grands et majestueux ponts à haubans. Des ouvrages plus modestes, parfois rustiques, permettent pour leur part de traverser les canaux. Arrêtons-nous le temps d’une journée pour découvrir la vie d’un vieux pont sur le canal de la rivière Thom (crevette en vietnamien). Cette ancienne construction métallique étroite, rapetassée plusieurs fois, est fatiguée. Si elle n’augmente pas trop notre capital confiance, elle a un côté sympathique par la richesse de son courageux trafic.

Après la rampe bitumée, place à un revêtement du style «traverses de chemin de fer» composé de poutres, déjà âgées, espacées, à peine fixées et parfois même manquantes! Du coup, la conduite en scooter devient assez sportive: tout vibre, tout tremble, tout branle dans un bruit peu rassurant. Il faut viser entre les clous qui dépassent et les femmes à pied qui poussent leur vélo chargé. Par chance, aujourd’hui, le «cantonnier» veille au grain: ce courageux cloue des deux mains les traverses rebelles. Le trafic, lui, ne s’interrompt pas!

En matinée passent dans un sens d’innombrables cochons, vifs, apeurés et accroupis dans des remorques de fortune. Certains repassent l’après-midi dans l’autre sens, morts, abattus pour la charcuterie. Un retour dans des conditions de transport périlleuses et surprenantes. Malgré une visibilité toute relative, les triporteurs chargés au maximum se croisent en haut du pont, sur un tronçon métallique à peine plus large que le reste. Le passage est emprunté principalement par les locaux. Les enfants souriants et amusés traversent gaiement pour se rendre à l’école. Les anciens, plus lents, sont hésitants mais téméraires.
Ce pont voit passer des chargements divers, qu’il s’agisse de matelas, fibres de coco, vêtements, poules, oies vivantes avec la tête à l’air. Maintenant certains petits camions se hasardent à traverser. Ils transportent des vaches, des sacs vides ou pleins, ainsi que de la bonne humeur. Même si parfois, ça frotte un peu…

Douze heures en compagnie de ce pont pas comme les autres, et je n’ai même pas trouvé le temps long: de 6h07 à 18h27, avec une pénalité de vingt minutes à midi pour m’être endormi dans un hamac qu’on m’avait proposé! C’était un petit défi d’observer ainsi la vie sur ce pont d’un autre âge, qui prouve que tout ce qui branle ne tombe pas. Je me suis posté aux deux extrémités, devant, derrière, dessus, dessous. Plus la journée avançait, plus les regards curieux du matin se transformaient en sourires et gestes d’amitié pour l’intrus encore là. Comme ces images datent de quelques mois, je voulais renouveler l’expérience sur ce pont. Malheureusement, la pandémie a rendu le projet impossible pour l’instant. On verra qui de nous deux résistera le mieux au temps qui passe…
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