La Liberté

Le photographe du Père-Lachaise


Ici c’est comme ça » Paris, cimetière du Père-Lachaise. C’est la Toussaint, le temps est gris, la pluie arrose déjà les chrysanthèmes fraîchement déposés. Devant nos yeux, un site de 45 hectares créé en 1804 avec aujourd’hui encore les mêmes rues pavées, les mêmes sentiers naturels. Un lieu de refuge, calme, ombragé, où vivent des oiseaux et où de la mousse recouvre les pierres tombales laissées à l’abandon.

Visite avec André Chabot, professeur de lettres et photographe passionné de monuments funéraires. Il a voyagé dans de nombreux pays, toujours à la recherche de spécificités à immortaliser dans les cimetières. Résultat: une production de 240 000 clichés, dont 99% sont en noir et blanc.

Cette collection donne lieu à des expositions, des livres, des articles et des milliers de cartes postales. Le sujet peut paraître un brin macabre, mais aucunement avec le regard d’André Chabot. Redingote noire, veston sombre sur une belle chemise couleur lilas, il affiche une évidente élégance, relevée encore par son Borsalino noir sur ses cheveux blancs mi-longs.

Son propre caveau est prêt à l’accueillir!

A 78 ans, l’homme évolue avec tendresse et respect en terrain connu, enlevant discrètement, au passage, une feuille d’automne irrespectueusement collée sur une stèle. Chaque tombe a sa propre histoire, son détail repéré et immortalisé sur pellicule par l’homme en noir. André a même été le «designer» de tombes pour des particuliers. Alors, il s’est occupé de son propre caveau qui est maintenant prêt à l’accueillir!

Une construction de pierre naturelle contenant une réplique monumentale de son fameux appareil photo Leica, une tonne de granit noir venu d’Inde. Désormais, le photographe du Père-Lachaise fait lui aussi partie des célébrités. C’est bien connu, ici reposent sous des monuments funéraires parfois surprenants d’innombrables artistes et autres personnalités. Les jours de pluie, il est facile de repérer ces célèbres tombes: il y a une flaque d’eau à leurs pieds, une gouille créée par le passage répété des touristes.

J’ai toujours aimé les personnes qui se mobilisent pour leurs passions: André Chabot et sa femme Anne sont de ceux-là. Ils habitent un «hôtel de rapport» qui a eu pour voisin (1844-1856) un certain Jacques Offenbach. Voyager, c’est aussi ramener des souvenirs, et ici il y en a plein la maison. Une vraie exposition permanente! Les étagères sont surchargées d’impressionnantes archives et de têtes de morts de toutes dimensions. Le couple collectionne avec humour tout ce qui touche à la mort, du kitsch au plus sérieux: miniatures de cercueils, de corbillards, de croix, épitaphes et autres bons mots. Pour couronner le tout trônent en hauteur de petits anges, bien sages.

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