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Anken et les bons numéros

Si le maillot d'Olivier Anken ornait la Tissot Arena de Bienne, qui y trouverait quelque chose à redire? © Keystone
Si le maillot d'Olivier Anken ornait la Tissot Arena de Bienne, qui y trouverait quelque chose à redire? © Keystone
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01.10.2015

«Bienvenue au club!» • A Bienne, les hockeyeurs de ligue A jouent sur une nouvelle patinoire. A qui il ne manque plus que deux ou trois symboles...

 

Pascal Bertschy

Bienne et le championnat suisse de hockey sont riches d’une nouvelle patinoire, bravo! Un peu de nouveauté ne fait jamais de mal. Et maintenant que la Tissot Arena fonctionne, il ne lui manque plus que deux ou trois symboles. 

Le premier symbole auquel je pense, pour Bienne, c’est Olivier Anken. Ou plus exactement son maillot. Allez, les Biennois, il serait temps de retirer le numéro 30!

Mais, d'abord, de tels gestes sont-ils nécessaires? L’hommage aux anciens et aux exploits passés, les cérémonies avec musique et flonflons, les autels dressés à la mémoire d’un club, franchement, est-ce bien important? 

Oli donne son avis

Pour le savoir, j’ai posé la question à Olivier Anken. Important ou pas important, un maillot perché tout là-haut? Réponse: «Personnellement, je n’ai jamais prétendu à un tel honneur. Bien sûr, si Bienne retirait mon numéro, ce serait pour moi une immense fierté. Mais important, non, ça ne l’est pas. Il y a beaucoup de choses plus importantes que ça dans la vie.»

Toujours la même modestie, Oli, et toujours la même classe. A l’autre bout du fil, son bon sens a encore parlé quand il a rappelé qu’un club ne devait pas procéder à la légère avec ces choses-là: «Si on décide de les faire, il faut qu’elles soient bien faites. D’où l’importance d’établir à l’avance des règles, des critères, pour savoir quels joueurs sont susceptibles d’être honorés.»

Très vrai. Les clubs qui y vont à la louche ou à la tête du client, après tout, ça s’est déjà vu. Exemple avec Fribourg-Gottéron. Pourquoi avoir retiré le numéro d’Untel qui avait sué pour le club et pas celui d’Untel qui, lui, s’était saigné pour ses couleurs? 

Certains choix surprennent, certains oublis attristent. Alors autant établir une bible, Anken a raison, et se fier à elle pour élire un saint de glace. Cela évitera de froisser des susceptibilités. 

Cet Astérix venu de Morges  

Le cas d’Olivier Anken, lui, est cependant limpide. Si son maillot ornait la Tissot Arena, qui y trouverait quelque chose à redire? Dix-huit saisons au club (1976-1994), trois titres de champion suisse, plus de 150 matches en équipe de Suisse, des mondiaux, des Jeux olympiques: l’Astérix morgien de Péry (BE), tombé naguère dans le hockey comme dans la potion magique, a des références dignes de respect.

Idem pour Koebi Koelliker, l’autre monstre sacré biennois. Même si l’ancien arrière avait quitté Bienne en mauvais termes, même s’il a fait souvent fait l’épais et ne jouit pas d’une popularité à tout casser, il faudra bien un jour l’honorer. 

Fêter Oli, en attendant, serait un bon début. Lui-même n’attend rien et tout va bien. Simplement, le HC Bienne gagnerait à lui rendre hommage. Pourquoi se priver d’un peu de prestige? 

Un nom qui raconte quelque chose  

Anken, si jamais, est un nom qui dit quelque chose aux gens d’un peu partout en Suisse. C’est comme Bykov, Cadieux, Del Curto, Montandon, Tosio ou Rigolet (relire à ce propos cette chronique): le grand public, celui qui ne met jamais les pieds dans une patinoire, sait qu’il s’agit là de noms de hockeyeurs.   

Dites Anken et les gens, pour la plupart, sauront de qui vous parlez. Et puis, aujourd’hui encore, les gens l’aiment. Pourquoi? Ils l’aiment, c’est tout. 

On se souvient du gars qui a accompli une grande carrière sans jamais emmerder personne, du champion modèle qui n’a jamais été guidé par l’appât du gain, et cela suffit. Il n’en faut pas davantage pour rester dans les cœurs.

Entretenir la légende et préserver la mémoire, cela vaut pour tous les clubs de ligue nationale. Retirer le numéro d’un grand ancien n’est peut-être rien, cela ne vous fera pas gagner un match. Une douce relique suspendue à un plafond, pourtant, c’est un peu d’esprit et de civilisation qui flottent au-dessus de la glace. 

Aujourd’hui, la Tissot Arena est assez grande pour accueillir des symboles. Allez, gens du HC Bienne, hissez haut ce maillot frappé du numéro 30! Olivier en sera gêné, le connaissant, mais il ne l’aura pas volé.

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