La Liberté

Zlatan en son «pays de merde»

«Bienvenue au club!» • Accablé par l'adversité et par les contrariétés, Ibrahimovic a pété une durite. Bon exemple du petit dieu qui a beaucoup d'orgueil et bien moins de force de caractère…

Pascal Bertschy

Publié le 18.03.2015

Temps de lecture estimé : 4 minutes

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Oh! les jeunes, vous êtes là? Eh bien, mes petits loups, vous ne me croirez pas: je vis depuis assez longtemps pour avoir connu une époque où les grands footballeurs étaient le plus souvent des mecs attachants.

Les temps anciens ont vu passer de belles têtes de cochon, je ne dis pas, et des insupportables. Pourtant, l'histoire du football regorge de champions aussi immenses par leur talent que par leur esprit et leur cœur. 

Longtemps, la plupart des grands joueurs étaient des merveilles de types. Je pourrais vous citer Puskas, Garrincha, Bobby Moore, Gianni Rivera et cinquante autres, mais arrêtons-nous plutôt au prototype de la vedette d'aujourd'hui.

Gulliver joue chez les Lilliputiens

Rien pour, rien contre, je n'en ai rien à foutre de Zlatan Ibrahimovic. Mais puisqu'il fait tant parler de lui, depuis quelques jours, parlons-en. Lui, quand il débarque au Paris SG en 2012, c'est Gulliver  déboulant dans un championnat lilliputien. Total, le géant suédois empile les buts et renverse tout sur son passage.

Trois ans plus tard, ce n'est plus ça. Les Lilliputiens ont grandi, entre-temps, et Gulliver s'est tassé. L'autre soir, contre Chelsea en Ligue des champions, Zlatan se fait expulser à la demi-heure. Le PSG, bien meilleur sans lui, se qualifie en livrant un match héroïque. Quand on a un ego plus grand que la Tour Eiffel, c'est vexant. 

Quelques jours plus tard, en championnat, Paris perd à Bordeaux. Furieux, Ibrahimovic rentre au vestiaire en traitant l'arbitre de nul. Et en faisant sa fameuse sortie sur ce «pays de merde» qui ne mérite pas un club comme le PSG. 

C'est bien mal connaître ce pays

La France, pays de merde? C'est ce que gueulent aussi nombre de Français lorsqu'ils ont affaire à leur administration ou découvrent une prune sur leur pare-brise, mais ce n'est pas une raison. Seule excuse qu'on peut trouver à Ibra pour sa sortie digne d'un rappeur: ce malheureux ne connaît pas la France.

Ben oui, pour voir en elle un pays de merde, il faut bien mal connaître la France ou la juger de très haut. Comme depuis le hublot d'un avion, où les dieux des stades passent beaucoup de temps et croient apercevoir le monde se prosterner à leurs pieds. 

Ibrahimovic, star mondialisée du foot mondial, doit être probablement aussi étranger à la France que peut l'être le businessman Falcao à l'Angleterre et à Manchester. Ou, meilleur exemple, que Samuel Eto'o au Daghestan. 

Quand il a fait sa saison à plus de vingt millions à Anji Makhatchkala, en 2011, le Camérounais faisait la navette entre son club caucasien et son domicile italien en jet privé. Autant dire qu'au Cheval-Blanc de Makhatchkala, à l'heure de l'apéro, on voyait peu Eto'o… 

Ils ne savent même plus où ils habitent

Comment voulez-vous que les types, dans ces conditions, sachent encore où ils habitent? Les étoiles du foot sont devenus des milliardaires déracinés, des créatures aériennes coupées des réalités, des enfants pourris gâtés prisonniers de leur vie dorée.

Un arbitre qui ne siffle pas coup-franc indirect dans les seize-mètres, désormais, cela suffit à mettre une diva hors d'elle. Arbitre de chiottes, pays de merde! La colère d'Ibra en dit long sur la gloire et la toute-puissance vécue, dans le sport aussi, comme une névrose.

Quelque chose me dit que cela n'ira pas en s'arrangeant, qu'on verra toujours plus de champions se comporter dans la vie en petits dictateurs. Monstres d'égocentrisme et d'égoïsme, aux poches déformées par les billets de banque et à l'esprit inaccessible à la critique. 

L'empereur règne tant bien que mal

Ibrahimovic, malgré quelques côtés sympathiques, est un exemple du petit dieu narcissique. Guidée par son impérial sentiment de supériorité, Sa Majesté l'empereur se sent dispensée de respecter les règles du commun, de composer avec les contrariétés, de maîtriser ses nerfs, et surtout de se projeter à la fin de son règne.

En attendant, l'empereur continue à régner tant bien que mal. Il fait toujours tourner le monde autour de son nombril, mais n'intimide plus guère les Lilliputiens. Et c'est bien naturel: parfois, même vu d'en bas, c'est fou ce qu'un nombril peut ressembler à un trou de cul!

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