pictogramme abonné La Liberté Contenu réservé aux abonnés

Théâtre: La mythologie racontée aux adolescents

Michel Lavoie met en scène et réactualise les mythes fondateurs sous la forme éclatée d’un spectacle de cabaret.

Le Cabaret mythologique mêle différents niveaux de jeu: incarnation, récit et adresse au public, à l’aide de masques et de marionnettes. © François Vermot
Le Cabaret mythologique mêle différents niveaux de jeu: incarnation, récit et adresse au public, à l’aide de masques et de marionnettes. © François Vermot

Elisabeth Haas

Publié le 14.02.2024

Temps de lecture estimé : 5 minutes

Une piste ronde, un rideau argenté, le musicien à vue: pas de doute, c’est dans une ambiance de cabaret que Michel Lavoie installe sa nouvelle création dès mardi prochain dans la petite salle de Nuithonie. Les projecteurs sont apparents, «pour qu’on voie comment le théâtre se fait», précise le metteur en scène fribourgeois. Au nom de sa propre compagnie, le Théâtre Boréale, avec laquelle il s’est spécialisé dans le théâtre jeune public, il propose un Cabaret mythologique particulièrement destiné aux adolescents.

Après Cette fille-là, sur la thématique du harcèlement scolaire, Michel Lavoie rêvait d’un spectacle plus festif, plus déjanté, «un vrai spectacle pour ados, complètement réfléchi pour eux». «Les adultes auront du plaisir à le voir aussi», sourit le metteur en scène, mais c’est bien de ses ateliers théâtraux auprès des jeunes qu’il tire l’énergie, les façons de penser, le caractère «irrévérencieux» de ses personnages.

«Les mythes laissent la place à la réinterprétation, à la transposition. Tout n’est pas tracé, écrit d’avance»
Michel Lavoie

Le point de départ a été le souhait d’adapter un texte de Francis Monty, auteur québécois que Michel Lavoie connaît bien pour avoir grandi au Canada: «C’est le premier auteur que j’ai mis en scène au Québec.» Il avait aimé sa façon de décrire les moments de crise, la manière des adolescents de «repousser les limites», leur recherche identitaire. «Mais c’était très québécois, il aurait trop fallu le transformer.»

C’est donc sur une nouvelle pièce que le duo a collaboré, par-delà l’océan. «En discutant de ce que j’avais aimé dans son travail, il est venu sur ce projet de cabaret sur la mythologie», raconte Michel Lavoie. Le cabaret étant une forme théâtrale éclatée qui permet «beaucoup de changements de jeu», se félicite-t-il. Loin du drame de sa précédente pièce. Le Cabaret mythologique sera porté par trois actrices et acteurs qui manipulent également des masques et des marionnettes: Laurie Comtesse, Xavier Loira et David Melendy, ce dernier étant aussi connu comme l’un des membres du duo clownesque Diptik.

Il a d’ailleurs un accent anglais américain, sur lequel joue volontiers Michel Lavoie. «Cela change le phrasé et l’écoute», apprécie le metteur en scène, qui assume le casting international de sa production: la scénographe et créatrice des marionnettes et des masques, Maria Eugenia Poblete Beas, est d’origine sud-américaine.

Culture populaire

Qu’est-ce que la mythologie gréco-romaine peut encore raconter aux adolescents? Michel Lavoie: «Certains la connaissent, d’autres non. Elle ouvre tout un champ de possibles. Elle permet de discuter des fondements de la société d’aujourd’hui.» La mythologie offre des récits fondateurs en somme, qui résonnent toujours: «Les mythes laissent la place à la réinterprétation, à la transposition. Tout n’est pas tracé, écrit d’avance. Les poètes anciens ont pris différentes directions en racontant leurs histoires. Et Francis Monty laisse lui aussi le chemin ouvert.»

Pour le metteur en scène, qui a animé des ateliers de théâtre dans des écoles précisément sur ce thème, la mythologie peut montrer qu’«un jeune a la force de choisir, qu’il peut faire quelque chose de sa vie, la prendre en main». Elle tend un miroir, mais surtout pas avec l’objectif de moraliser. C’est tout le contraire qu’il souhaite faire. Il cite Icare, ce «jeune mort en Méditerranée», et questionne: «Mais pourquoi a-t-il fui, a-t-il des revendications, est-ce qu’il est juste imbécile?» Non bien sûr. Et si c’était le rapport à ses parents qui était problématique? S’il rêvait de liberté? Et si son histoire ne se terminait pas mal?

La pièce convoque aussi Ariane, abandonnée par Thésée. Ou encore Méduse, parmi d’autres. «Il y a matière, justifie Michel Lavoie. Le mythe d’Ariane questionne l’absolu du coup de foudre adolescent. Méduse a été violée par Poséidon et rejetée par Athéna, c’est une déesse importante pour le mouvement féministe. Certains jeunes se font tatouer Méduse. Comme si la culture populaire se réemparait de ces mythes.»

Musique live

Pour raconter les ascendances et les descendances divines en direct, réactualiser ou remettre en cause les mythes, les trois narrateurs vont utiliser des masques et des marionnettes avec «un esprit ludique», qui mêle les différents niveaux de jeu, entre incarnation, récit et adresse au public. Dix-sept personnages au total défileront en un peu plus d’une heure. Le metteur en scène a souhaité développer «une esthétique puissante», où les changements de scènes sont rapides: «Le théâtre n’est pas quelque chose de figé, insiste Michel Lavoie, ni d’ennuyant.»

D’autant moins que Benoît Gisler interviendra en live en tant que musicien et chanteur, accentuant encore «la folie» et l’esprit débridé de cette création. Des représentations scolaires avec des ateliers de médiation sont aussi prévues dans des CO fribourgeois.

>Ma et me 19 h Villars-sur-Glâne, Nuithonie. Aussi les 22, 23, 24 et 25 février.

Articles les plus lus
Dans la même rubrique
La Liberté - Bd de Pérolles 42 / 1700 Fribourg
Tél: +41 26 426 44 11