La Liberté

Conductrice de bus TPF, Martine Oertle se sent «privilégiée»

Martine Oertle sillonne les routes du canton au volant d’un bus TPF

S’il y a si peu de femmes parmi les conducteurs de bus, c’est probablement à cause des horaires irréguliers, estime Martine Oertle. © Chloé Lambert
S’il y a si peu de femmes parmi les conducteurs de bus, c’est probablement à cause des horaires irréguliers, estime Martine Oertle. © Chloé Lambert

Sophie Roulin

Publié le 31.01.2023

Temps de lecture estimé : 4 minutes

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Forum des métiers Start! – Portrait » «Je suis dyslexique et je ne sais pas l’allemand, mais les TPF m’ont donné ma chance!» Martine Oertle est conductrice de bus et elle profite de chaque bon moment offert par son métier. «Quand je découvre la vue sur le lac de Morat ou que je peux observer le coucher de soleil sur les Préalpes depuis Chésopelloz, je me sens privilégiée.»

Optimiste et positive, la Broyarde n’est pas naïve pour autant: «Nos horaires sont compliqués et mon réveil ne sonne jamais à la même heure. Mais j’ai du plaisir dans ce que je fais et j’ai l’impression que ça se communique à ceux qui montent dans mon bus.» Quand elle ouvre la porte avant de son véhicule, elle accueille ses passagers par un vaillant «Bonjour!» «Je suis de la campagne. Ne pas saluer mes clients est inimaginable.» Martine Oertle a grandi dans la Broye vaudoise, avant de s’installer avec son mari à Murist, où sont nés leurs deux enfants.

Au volant du bus scolaire

«Avant de devenir maman, j’étais coiffeuse et j’avais mon propre salon à Grandson», explique-t-elle. Un commerce qu’elle remet au moment de la naissance de son aîné. Suit une série de petits jobs alimentaires jusqu’au jour où on lui demande si elle aimerait conduire un bus de transport scolaire.

«J’ai besoin d’aller au bout des choses»
Martine Oertle

«J’ai commencé comme ça, au volant d’un minibus de 3,5 tonnes, en passant le permis D1.» Martine Oertle a travaillé dix-huit ans pour l’entreprise privée mandatée par sa commune. «Pendant ce temps, la législation a évolué. L’entreprise s’est équipée de véhicules plus lourds et mieux sécurisés. J’ai suivi et j’ai appris à conduire des camions et des cars.» Non contente de passer les permis C et D, la Broyarde se lance encore dans celui du camion-remorque. «Je suis comme ça, lance-t-elle avec un sourire et un haussement d’épaules. J’ai besoin d’aller au bout des choses.»

En 2017, Martine Oertle fait son entrée aux TPF, comme auxiliaire, puis à plein temps deux ans plus tard, comptant parmi les 92 conductrices de l’entreprise, qui compte également 609 conducteurs. En 2020, elle devient cheffe de groupe, avec 28 personnes, dont deux femmes, dans son équipe.

Répartie et lâcher-prise

Comment se sent-elle dans ce milieu encore très masculin? «Je n’ai jamais eu trop de soucis à m’intégrer, répond Martine Oertle. A 16 ans, j’arbitrais mes premiers matches de volley. Quand on est entourée de deux équipes de volleyeurs, âgés de 35 à 40 ans, on apprend à siffler sans hésitation et à être sûre de ses décisions.» Autre expérience formatrice, la Broyarde a siégé six ans au Conseil communal, avant que sa commune ne fusionne avec Estavayer-le-Lac. «J’étais responsable des bâtiments, des constructions et des forêts. Là aussi, il fallait un certain aplomb pour être considérée.»

«On entend encore des blagues déplacées sur les femmes au volant»
Martine Oertle

Au travail, ce n’est pas avec les collègues que la question de genre apparaît, mais avec la clientèle. «On entend encore des blagues déplacées sur les femmes au volant. On s’en sort avec un peu de répartie et de sens de l’humour, ou juste en laissant couler. Il se trouve parfois un autre passager pour remettre les pendules à l’heure.»

S’il y a si peu de femmes parmi les conductrices de bus, c’est probablement à cause des horaires irréguliers, estime la bientôt quinquagénaire. «Avec des enfants, c’est compliqué. Ça pose aussi problème aux hommes qui souhaitent s’investir dans la vie de famille.» Reste qu’elle ne voit aucun obstacle technique ou physique dans sa profession. «Il faut avoir une bonne représentation des volumes dans l’espace. C’est plus une question d’aptitude que de genre.»

N’empêche que Martine Oertle n’est pas insensible à la cause: «Je trouve très touchant quand une grand-maman monte dans mon bus avec sa petite-fille et qu’elle lui dit «Regarde, c’est une dame qui conduit. Tu vois, quand tu seras grande, tu pourras faire ce dont tu as envie.» C’est magique!»

 

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