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Les Gottéron Ladies n’ont pas assez d’heures de glace à disposition

La formation féminine ne s’entraîne que deux fois par semaine sur glace, faute de disponibilité. Difficile de régater en ligue A face à des équipes qui comptent le double de séances.

Les Ladies de Gottéron vivent une saison de transition. L'an prochain, elles pourraient passer à quatre entraînements par semaine, comme la plupart des équipes de première division. © Keystone
Les Ladies de Gottéron vivent une saison de transition. L'an prochain, elles pourraient passer à quatre entraînements par semaine, comme la plupart des équipes de première division. © Keystone

Jonas Ruffieux

Publié le 06.12.2023

Temps de lecture estimé : 9 minutes

Hockey sur glace » La victoire 3-0 des Fribourg-Gottéron Ladies dimanche sur la glace de Zurich relève de l’exploit, et ce pas uniquement parce que les championnes de Suisse en titre disposent d’un effectif, d’un budget et d’un encadrement largement supérieurs à ceux des Dragonnes. L’exploit vient aussi du fait que les Lionnes bénéficient d’au moins deux fois plus de temps de glace pour s’entraîner, tandis que les Ladies doivent se contenter de deux séances de 1h15 par semaine. Avant d’enfiler les patins les mardis et jeudis soir, les joueuses ont encore accès durant une heure à la salle de force de la BCF Arena. Et? C’est tout!

Sachant que les meilleures équipes du championnat s’entraînent quatre fois par semaine sur glace pour autant de séances de préparation physique, l’écart à combler semble énorme pour un néoprumu qui, en plus, compte de larges inégalités en termes de charge de travail (lire ci-dessous) en son sein. «A priori, deux clubs du bas de tableau sont dans le même cas», note Emanuel Jungo, le responsable de l’équipe féminine de Gottéron.

«C’est vraiment difficile de régater avec des équipes qui s’entraînent deux fois plus que nous»
Amélie Jobin


«C’est vraiment difficile de régater avec des équipes qui s’entraînent deux fois plus que nous, relève de son côté la cocapitaine Amélie Jobin. Pour améliorer notre système de jeu et trouver davantage d’homogénéité, il nous faudrait plus de glace, c’est sûr.»

Un discours que, logiquement, reprennent les deux entraîneurs, Roger Rensch et Valentin Dufour: «Le mardi, nous travaillons certains aspects spécifiques, tandis que le jeudi est destiné à préparer le match du week-end. Le faire en 1h15, c’est vraiment short. Un entraînement supplémentaire pourrait déjà largement changer la donne.»

Quatre entraînements?

Alors, manque d’ambition du club ou simple souci organisationnel? «C’est une question de disponibilité des patinoires», répond Emanuel Jungo. S’il ne peut pas proposer davantage de séances à ses joueuses cette saison, le team manager planche déjà sur des solutions en vue de doubler la charge d’entraînement pour l’exercice 2024-2025. Il souhaite également engager un préparateur physique et envisage de mener des discussions avec les joueuses afin de «trouver des solutions avec leurs employeurs pour réduire leur taux de travail et compenser financièrement le manque à gagner».

La voie vers davantage de professionnalisation, après une première saison en ligue A qu’on qualifiera de «transition». «Nous avons toujours annoncé vouloir avancer pas à pas, reprend-il. Nous améliorons constamment ce qui peut l’être.» Puis de rappeler: «Il y a deux ans, notre budget s’élevait encore à 50’000 francs (contre 300’000 aujourd’hui, ndlr). Et puis n’oublions pas qu’avant la saison passée, les filles ne s’entraînaient qu’une fois par semaine.»

Trouver des solutions

Comme sur la glace, où Gottéron progresse de match en match, le club s’active donc en coulisses pour promouvoir le hockey féminin et bâtir à terme une équipe de premier plan. «Les discussions avec les dirigeants sont faciles, nous allons tous dans la même direction: nous voulons progresser et trouver des solutions pour y parvenir», poursuit Emanuel Jungo, devenu maître en matière de «bricolage».

Le responsable du hockey féminin pour Fribourg-Gottéron complétera d’ailleurs le staff durant les matches, tandis qu’Ilya Khanenko, coach spécialiste en patinage, viendra donner ses conseils afin d’améliorer «l’explosivité et la réactivité des filles». «Nous évoluons dans la plus haute division, qui cherche constamment à s’améliorer. A nous également de tout faire pour suivre le mouvement.»

Des disparités au sein même de l’équipe

Au sein même des Ladies de Fribourg-Gottéron, les différences en matière de charge d’entraînement sont criantes. Les joueuses suisses sont encore aux études ou travaillent à 100% pour la plupart, tandis que les étrangères disposent d’un statut différent. C’est le cas notamment de Tanner Gates, d’Eleri MacKay et de Georgia Kraus, trois Américaines fraîchement débarquées à Fribourg et salariées du club. Elles s’entraînent à raison de quatre fois par semaine, en rejoignant les séances des juniors U17.

«Ils vont plus vite et sont plus puissants que nous, mais en termes de technique, nous avons le même niveau.» De son côté, la Française Betty Jouanny, rescapée de la promotion le printemps dernier, ne rejoint l’équipe que pour les matches du week-end. Elle vit et travaille en tant que coach sportive en France.

«Betty s’entraîne de son côté», expliquent ses entraîneurs. «Au niveau de l’intensité, elle fait partie des meilleures de l’équipe. Mais c’est clair que pour assimiler le système de jeu et créer des automatismes, ce n’est pas idéal. Par exemple, nous ne pouvons jamais exercer notre deuxième bloc de jeu de puissance au complet, c’est embêtant.»

Dans son développement, le club se dirige plus clairement vers des profils d’étrangères «à domicile», professionnelles et qui peuvent apporter «une éthique de travail et un tempérament exemplaire, de leaders», exprime Roger Rensch, qui s’était longuement entretenu avec les différentes recrues pour expliquer le rôle qu’elles obtiendraient à Fribourg.

«Nous avons été engagées pour notre niveau de jeu, mais aussi pour apporter une culture de la gagne», relate Eleri MacKay (23 ans), en porte-parole de ses compatriotes. La meilleure compteuse fribourgeoise (18 points en 15 matches) poursuit: «Nous jouons avec des filles de 16 ans, pour certaines. C’est cool pour nous de les aider. Parfois, elles nous regardent avec des étoiles dans les yeux.»

Des étrangères professionnelles aux Suissesses amateurs qui, en plus, s’entraînent largement moins, il y a un écart béant que le club, là encore, aimerait combler. «En termes de puissance, de physique et d’état d’esprit, oui, on sent une grosse différence», admet Roger Rensch, à qui la cocapitaine Amélie Jobin emboîte le pas: «Elles ont déjà un meilleur niveau de base que nous, et cette disparité des entraînements nous empêche de nous en approcher.»

Le mince espoir des play-off

«Nous tirons le meilleur de la situation actuelle», résume Eleri MacKay, la topscoreuse des Gottéron Ladies, qui a découvert à Fribourg un environnement qui lui plaît. «C’est génial de participer au développement de l’équipe féminine.» Sa compatriote Tanner Gates complète: «Nous sommes reconnaissantes d’appartenir à une structure qui compte une équipe masculine de premier plan, avec beaucoup d’ambition.»

Les deux Américaines ont largement participé à l’exploit de dimanche dernier et à cette victoire 3-0 cueillie sur la patinoire des championnes de Suisse en titre, Zurich. Si MacKay s’est illustrée par un doublé, c’est encore davantage à la Gruérienne Margaux Favre que Gottéron doit cette victoire, tant la gardienne s’est montrée héroïque.

«Elle a fait le match de sa vie. Franchement, on a fait le match parfait», sourit Emanuel Jungo, le responsable de l’équipe, qui garde un mince espoir de voir ses protégées disputer les play-off en fin de saison. Sixièmes avec 15 points en autant de parties, les Ladies comptent 14 unités – et trois matches en moins – de retard sur Davos, premier sur la barre. «Il va falloir régulièrement battre les équipes du haut de classement.»

«Avec notre contingent, nous devrions logiquement terminer cinquièmes, estime le coentraîneur Roger Rensch. Nous avons effectué de gros progrès au fil des semaines, même s’il y a eu quelques retours en arrière çà et là.» Ce samedi (12 h 30) à domicile, le coach et son collègue Valentin Dufour attendent confirmation face à Lugano.

«Puis le 22 décembre viendra le match le plus important de l’année, le 8e de finale de la Coupe de Suisse face à Zoug», annonce le plus jeune des deux entraîneurs. «C’est le trophée le plus «facile» à aller chercher et Zoug (qui évolue en ligue B avec un effectif pléthorique, ndlr) pense déjà nous avoir battus avant même d’avoir joué le match. Nous voulons prouver que nous avons effectué d’immenses progrès.»

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