La Liberté

Neymar joue à cash-cash

«Bienvenue au club!» • A l'image du Brésilien, les multimillionnaires du football semblent avoir un problème d'argent: comment faire pour en avoir plus? 

Pascal Bertschy

Publié le 04.02.2016

Temps de lecture estimé : 4 minutes

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Toutes ces histoires de fric fou, dans le sport, me révoltent de moins en moins. Ça doit être parce que je n’y pige plus rien. Déjà, je ne comprends pas les centaines de millions de gens qui se mettent à genoux devant les meilleurs footballeurs de la planète. Et ce qui me dépasse plus encore, ce sont ces supposés dieux du stade qui se comportent en enfants pourris gâtés jusqu’à l’os. 

Neymar, par exemple. L’attaquant brésilien est impliqué en ce moment dans deux affaires de fraude fiscale, une au Brésil et une autre en Espagne. Ce qui est reproché à Neymar et à son père, qui s’occupe des affaires du gosse, c’est d’avoir voulu soustraire au fisc quelques millions à l’occasion du transfert du joueur de Santos au FC Barcelone. 

Il en est donc là, Neymar? Il connaît des fins de mois si difficiles, le pauvre, qu’il doit ruser avec le fisc de son pays pour joindre les deux bouts? Lionel Messi et son père ont connu, eux aussi, ce genre d’ennuis avec la justice espagnole. Quant à Uli Hoeness, le président du Bayern Munich, il a fini en prison à la suite d’une fraude fiscale s’élevant à 27,2 millions d'euros. 

Demain, à qui le tour? Et où est le problème quand on très riche? C’est quoi le truc? Devenir très très très riche? Voilà ce que je ne comprends pas: cette façon de se noyer dans une piscine pleine de billets. Tu es Messi, Neymar ou Chose, tu possèdes douze villas, trois yachts, quinze Ferrari et beaucoup de millions en banque. 

Or, un matin, tu te lèves en te disant: ce qui serait bien, c’est d’avoir une villa, une Ferrari, un yacht  et quelques millions de plus. Le but, à ce degré de fortune, il faut croire que c’est ça: s’acheter une quinzième Ferrari lorsqu’on en a déjà quatorze dans son garage. 

De jeunes dieux désolants

Au secours! Les foules sportives vénèrent des dieux de fin du monde. Elles se prosternent devant de grands enfants qui se livrent, hors des terrains, à des parties de cash-cash. Pour eux, la richesse est un tapis roulant qui ne s'arrête jamais. 

Ces dieux gamins et désolants auraient tort de se gêner: ils ont à leur service le cartel des médias, de la politique et de la publicité qui se charge de les glorifier. Et de les offrir en guise de modèles à une jeunesse prête à se jeter aux pieds de n’importe quelle idole. 

Tant de débilité donne le vertige. Notez, c’est un ancien enfant gâté qui parle. Dieu sait que j’ai été gâté: dans mon enfance, les grands footballeurs étaient des types simples. Rien à voir avec les capricieux gamins à capuche d’aujourd’hui, aveuglés par la lumière, ivres de fric et de jeux vidéo, murés dans leur techno, tatoués de la tête aux pieds, habitant des propriétés de luxe, sortants avec des tops models et se livrant à des délires narcissiques à chaque fois qu’ils plantent un but.

Le temps des honnêtes hommes

Dans l’ensemble, les dieux du stade étaient des honnêtes hommes. Jusqu’au début des années 1980, le monde ignorait tout de leurs amours, de leurs goûts culinaires et de leur point de vue sur la guerre civile en Guinée-Bissau. C’était parfait et cela nous permettait de les admirer pour leurs dribbles, leur sens du jeu et la beauté de leurs gestes. 

Oublions! Avec l’aide de la société, le football enfante désormais de vrais petits monstres. C’en est triste même pour ces petits diables eux-mêmes. Outre qu’ils vivent sans idéal, sans contraintes et sans beaucoup de cervelle, dans certains cas, ces enfants perdus ne peuvent même plus compter sur un père. C’est-à-dire sur le vieux, à la maison, prêt à remettre son fiston à sa place au cas où il dépasserait les bornes.

Ce que disent les ennuis judiciaires de Neymar, aujourd’hui, c’est que les pères eux-mêmes ne savent plus qui ils sont. Papa, papa! Oui mon petit Neymar adoré? Mon avocat dit que le fisc me prendra trois millions si je signe ce contrat, snif, c’est pas juste! Mais non, mon petit sucre, ne pleure pas, papa est là et il va arranger tout ça!

Drôle de monde, drôles d’idoles... 

Retrouvez les chroniques de Pascal Bertschy dans ce dossier

 

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