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Un carême particulier

A la fin d’une journée stressante, il est difficile pour Corinne Savary de résister à la tentation. © Charly Rappo
A la fin d’une journée stressante, il est difficile pour Corinne Savary de résister à la tentation. © Charly Rappo
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30.03.2020

Le coronavirus rend l’effort de privation différent cette année pour Corinne et Loris Savary, mère et fils

Kim de Gottrau

Gruyère » «Ça serait plutôt en soirée, ma maman travaille dans la vente», avertit Loris Savary, 27 ans. Coronavirus oblige, c’est par téléphone que la discussion a lieu. Spécialiste en communication dans une start-up lausannoise, ce Gruérien vit dans la capitale vaudoise et sa maman Corinne Savary, 54 ans, habite à Bulle. Tous deux font chaque année le carême: ils s’abstiennent pendant 40 jours de «tous les petits plaisirs sucrés à manger», comme chocolat, friandises et pâtisseries.

Le carême revêt une dimension religieuse pour la mère et son fils, qui sont croyants et se rendent souvent à l’église. «Jésus était dans le désert pendant 40 jours, on peut bien faire ce sacrifice personnel», affirme Corinne Savary. Son fils chante par ailleurs dans le Chœur Saint-Pierre-aux-Liens, de la paroisse de Bulle.

Il admet que la situation liée à la pandémie rend le carême particulier: «Avec les prestations de chœurs annulées et les messes à huis clos, l’accompagnement du carême n’est pas le même. C’est un grand mois de préparation pour le chœur normalement, il y a des célébrations très spécifiques.»

Les deux personnes avouent avoir envisagé d’arrêter le carême dans ces conditions. «On reste à la maison donc c’est plus dur de résister à la tentation», expose le jeune homme. Sa maman avance qu’ils ont décidé de poursuivre le carême, même s’ils ne pourront plus aller à la messe, surtout le jour de Pâques. «On a dit qu’on allait jusqu’au bout vu qu’on a commencé», résume Loris Savary.

En plus de la dimension religieuse, le carême constitue un défi personnel pour Corinne et Loris Savary. «Il s’agit de maîtriser ses envies pendant cette période», explique le jeune homme. Et d’indiquer que c’est motivant de relever le défi à deux: «Si on lâche le carême, on lâche l’autre dans son effort», relève-t-il. Sa maman indique de son côté que c’est un défi purement psychologique: «Le reste de l’année, je n’arrive pas à résister aux sucreries, mais là, pendant 40 jours, j’y arrive.»

Mère et fils relèvent ce défi depuis huit ans. «D’abord, on faisait le carême de tout ce qui est à base de cacao, développe Loris Savary. Mais c’était trop simple, le sacrifice n’était pas assez présent donc nous avons augmenté nos efforts année après année.» Ils font donc carême dans sa version actuelle depuis quatre ans. «Maintenant qu’on a pris l’habitude, on se dit chaque année «oui, on le fait»», raconte Corinne Savary.

Carême plus difficile

Celle-ci indique toutefois que le carême n’est pas plus facile, malgré l’habitude. «Je ressens un manque jusqu’à la fin, avoue-t-elle. En rentrant du travail le soir, je me dis que je prendrais bien un bout de chocolat.» Son fils, lui, trouve que c’est dur surtout au début parce qu’il faut lutter contre les réflexes.

Dans les circonstances actuelles, il est cette année encore plus compliqué de résister aux envies, estiment Corinne et Loris Savary. La situation professionnelle n’est pas évidente en ce moment pour le fils, qui travaille dans l’événementiel. «C’est dur de ne pas pouvoir se remonter le moral avec un carré de chocolat», illustre-t-il. C’est difficile aussi de ne pas succomber à la tentation pour sa mère, qui travaille dans une grande surface alimentaire et vit des journées chargées.

Tous deux se réjouissent du dimanche de Pâques: même si ce sera probablement devant la télévision qu’ils suivront la messe pascale, ils iront comme chaque année à la boulangerie acheter «un festin de chocolat et de sucreries». «C’est une petite victoire à la fin, explique Corinne Savary. Je me prouve que j’arrive à surmonter mes envies.» Et son fils de renchérir: «C’est une certaine fierté, et Pâques a maintenant une autre résonance.»

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