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Alcoolisme: un pasteur veut briser un tabou

«Dans le contexte où j’ai grandi, j’ai vu beaucoup de personnes tomber dans l’alcool», se souvient-il. © Alain Wicht/La Liberté
«Dans le contexte où j’ai grandi, j’ai vu beaucoup de personnes tomber dans l’alcool», se souvient-il. © Alain Wicht/La Liberté
Dominique Fontaine est abstinent depuis vingt ans. © Alain Wicht/La Liberté
Dominique Fontaine est abstinent depuis vingt ans. © Alain Wicht/La Liberté
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22.01.2015

Témoignage • Le pasteur Dominique Fontaine habite dans le district fribourgeois de la Glâne, à Ursy. Il a participé le mois dernier à l’émission «Toute une histoire», où il s’est confié sur son passé d’alcoolique.

Flora Berset

Vingt ans sans une goutte d’alcool. Vingt ans que le pasteur Dominique Fontaine a gagné sa lutte contre la bouteille. Une dépendance dont il s’est senti piégé pendant quatorze ans. Auteur du livre «Quand le verre vire au rouge», l’homme vit depuis sept ans à Ursy, dans la Glâne. Son histoire n’a pas laissé la production de France 2 indifférente. En octobre dernier, celle-ci l’a contacté pour participer à l’émission télévisée «Toute une histoire», animée par Sophie Davant. Le titre du talk-show? «Ils paraissaient irréprochables.»

Dans cette émission, diffusée le 4 décembre sur RTS Un et le lendemain sur France 2, le pasteur de l’Eglise évangélique de Réveil de la Riponne, à Lausanne, parle de son expérience d’alcoolisme. Devant plus d’un million de téléspectateurs, il détaille son combat contre la maladie. Son premier verre d’alcool, ses stratagèmes pour cacher sa dépendance, sa double vie, la réaction de ses proches et de ses paroissiens lorsqu’ils découvrent son problème, son parcours pour s’en sortir, son regard sur le passé. Dominique Fontaine raconte tout, avec une grande franchise.

Pendant de nombreuses années, personne n’a rien vu, rien su de ce qu’il vivait. Aujourd’hui, il ressent le besoin «d’exorciser» cette page noire de son histoire. Que ce soit lors d’émissions, d’interviews ou de conférences. «A chaque fois que j’en parle, ça me remue. Mais je veux casser un tabou! Je me rends compte que ça libère les gens de savoir que tout le monde peut tomber dans la dépendance», assure le pasteur, marié et père de quatre enfants.

Toujours en cachette

Dominique Fontaine est un «ch’ti». Il a passé son enfance dans le nord de la France, dans un paysage de mines et de corons. «Dans le contexte où j’ai grandi, j’ai vu beaucoup de personnes tomber dans l’alcool», se souvient-il. Lui, c’est à l’âge de 11 ans qu’il savoure son premier verre. Ses premiers excès remontent à l’adolescence. «Mon alcoolisme? C’est quelque chose qui n’aurait pas dû arriver, mais qui est arrivé.»

Alors qu’il exerce le métier de pasteur depuis deux ans, Dominique Fontaine se retrouve déjà, à 22 ans, «sur une pente dangereuse». Au début, le jeune homme boit de temps en temps pour évacuer le stress. Sur les conseils d’un ami, il se met à carburer au whisky au sirop d’orange. «J’ai commencé à boire plusieurs verres, plusieurs fois par semaine. Je ne buvais jamais dans les bistrots, mais toujours en cachette, chez moi», raconte l’homme âgé aujourd’hui de 59 ans.

Pensées sombres

En 1979, le pasteur de 24 ans est appelé à La Chaux-de-Fonds par l’Eglise évangélique de Réveil. Dans le cadre de ses fonctions, il fait en sorte d’être sobre à chacun de ses prêches. Il fait attention aussi à ne jamais rien consommer avant de rencontrer les membres de sa communauté. L’homme est marié et père de famille. Il veut protéger les siens en leur dissimulant la vérité. S’adressant à Dieu, il implore: «Permets qu’ils ne remarquent rien.»

Peu à peu, Dominique Fontaine, vulnérable, s’enfonce dans le vice. Il n’en parle à personne. «Je voulais me débrouiller seul. Pourtant, je me disais que j’étais en train de saboter ce que j’avais de plus cher.» Dans ses moments les plus sombres, il lui arrive de songer à s’enlever la vie, ainsi que d’enlever la vie à ses proches. A l’époque, Dominique Fontaine fait déjà partie du groupe de musique évangélique Jude 25. Entre les lignes de son titre «Oh viens me prendre», il confie son désarroi et l’impasse dans laquelle il se trouve.

Un élan de soutien

Pendant plusieurs années, personne ne se rend compte de la situation. Mais après sept ans de mensonges, sa famille puis quelques responsables de l’Eglise perçoivent le problème. Un jour, Dominique Fontaine finit par parler de sa dépendance à ses ouailles. Il s’attend à des réactions négatives de leur part. «J’étais sûr que j’allais être licencié, mais mes collègues et mes paroissiens m’ont tout de suite pardonné.»

L’homme est touché par cet élan de soutien. Après un long chemin, il parvient à mettre un terme définitif à son alcoolisme. «Si l’aide extérieure a été très importante pour que je m’en sorte, c’est ma foi qui m’a libéré», tient à préciser le pasteur.

Selon sa femme, Elsbeth, cette épreuve les a soudés. «Après ça, je l’ai encore aimé davantage», affirme-t-elle dans «Toute une histoire». De son côté, Dominique Fontaine souhaite délivrer un message d’espoir. «On peut vivre très heureux sans alcool. La vie n’en devient pas triste pour autant», souligne-t-il.

> Le site de Dominique Fontaine: www.jude25.ch

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