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Ce qu’il se passerait si Marine Le Pen était élue

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30.11.2015

France • Et si le 7 mai 2017, d’une poignée de voix, Marine Le Pen était élue Présidente de la République? L’universitaire et historien François Durpaire et le dessinateur Farid Boudjellal racontent l’onde de choc qui suivrait en France et en Europe.

Samuel Jordan

Mai 2017. La France tient sa première présidente. Marine Le Pen l’emporte d’une courte tête sur le sortant François Hollande. Auparavant, elle a profité de la désunion du centre et de la droite pour accéder au second tour. Le fruit était mûr. Dopée par la crise migratoire, le chômage galopant, le terrorisme et l’incapacité du locataire socialiste de l’Elysée à convaincre les Français, la fille réussit là où papa avait largement échoué 15 ans plus tôt. Le Front national au pouvoir? Envisageable? Comment gouvernerait le parti d’extrême-droite? Où irait la France? C’est le scénario anticipatif de la bande-dessinée «La présidente» pensé par François Durpaire.

L’historien ne s’en cache pas. Sa démarche est engagée: «J’ai la conviction que Marine Le Pen sera élue en 2017. J’ai fait cette BD pour ouvrir les yeux des gens.» L’auteur, c’est son mérite, n’invente rien. Il s’est plongé dans le programme officiel du Front national pour montrer ce que sa stricte application pourrait avoir comme conséquences économiques, sociétales et sur le plan des relations étrangères. Pour affiner ses projections, il a pris conseil auprès de divers spécialistes. Cet habitué des plateaux TV et radio s’appuie sur un dessin noir-blanc abouti et très réaliste de Farid Boudjellal. Un graphisme quasi photographique qui accentue la froide dramaturgie de cette docu-fiction peuplée de tout le gratin politico-médiatique qui fait la France actuelle.

François Durpaire fait vivre au lecteur les premiers mois imaginés de la frontiste au pouvoir. Cette dernière ne déçoit pas ses électeurs. Contrairement à ses prédécesseurs, elle applique au pied de la lettre son programme. Un plan de campagne qu’elle n’a d’ailleurs pas manqué de rappeler au sortir des attentats parisiens du 13 novembre.

«Comme Roosevelt en 1930, je proposerai une loi le matin, la ferai voter l’après-midi et la promulguerai le soir. Je rendrai la France aux Français», fait dire le scénariste à la présidente lors de son intronisation. Sur le terrain hexagonal, l’idéologie frontiste se met rapidement à son aise: affaiblissement du service public, sorties de l’euro, de Schengen et de l’Otan, distanciation avec l’UE, réduction drastique de l’immigration, fermeture des frontières, rafles et expulsion des sans-papiers, primauté du droit national, surveillance électronique systématique des citoyens, noyautage des médias, harcèlement des journalistes et des acteurs culturels. Résultat: la France divise, s’isole et effraie les investisseurs, l’économie plonge et la fracture sociale devient gangrène.

Pour donner de la chair à son récit, le scénariste invente un quatuor de protagonistes stéréotypés: Antoinette, une grand-maman résistante prête à reprendre les armes, ses petits-enfants métissés Tariq et Stéphane et enfin Fati, étudiante originaire d’outre-mer. Tout ce petit monde qui vit sous le même toit, difficultés économiques obligent, voit ses idéaux républicains et son quotidien chamboulés par la nouvelle donne politique. Même si François Durpaire s’en défend, son exercice orwellien tombe parfois dans la caricature et les bons sentiments. Son ample roman graphique d’anticipation (160 pages) a pourtant un mérite: oser supposer et fixer sur papier très glacé un changement qu’un nombre grandissant envisage tout bas et sur la Toile. En France et ailleurs, à notre connaissance.

=> François Durpaire/Farid Boudjellal, «La présidente», Les Arènes et Démopolis.

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