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Vers une reprise élargie le 11 mai

Nombre de questions restent sans réponse concernant la reprise des cours pour les écoliers, le Conseil fédéral renvoyant la patate chaude aux cantons. © Signature photo
Nombre de questions restent sans réponse concernant la reprise des cours pour les écoliers, le Conseil fédéral renvoyant la patate chaude aux cantons. © Signature photo
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29.04.2020

Dans dix jours pourront rouvrir non seulement les écoles obligatoires, les marchés et tous les magasins, comme cela avait déjà été annoncé, mais aussi les restaurants, les musées et les bibliothèques

Philippe Castella

Nos journalistes sont mobilisés pour vous offrir une couverture de qualité et de service public sur l’épidémie de coronavirus. En raison de la situation sanitaire particulière et du fort intérêt pour cette thématique, «La Liberté» a décidé de vous offrir l’accès à cet article. Bonne lecture et merci de votre confiance.

Coronavirus » Le Conseil fédéral est venu en conférence de presse ce mercredi avec tout un panier de bonnes nouvelles. Le 11 mai vont rouvrir non seulement les écoles obligatoires, les marchés et les magasins, comme déjà annoncé, mais aussi les restaurants, les musées et les bibliothèques. Cette date marquera aussi la reprise possible des entraînements sportifs, par groupe de cinq au maximum pour le sport amateur.

 

Surtout ne pas relâcher l’effort!

 

De bonnes nouvelles rendues possibles par la décrue de l’épidémie. On dénombre désormais quotidiennement une centaine de nouveaux cas – 143 tout de même ce mercredi – contre plus de 1500 au pic de l’infection, a expliqué le ministre de la Santé Alain Berset. Mais le Fribourgeois d’avertir: «Il ne faut pas céder à l’euphorie. Il est important de rester disciplinés. Ces assouplissements ne pourront fonctionner que si la population continue à respecter les règles d’hygiène et de distanciation sociale.»

«La crise n’est pas terminée. Nous ne pouvons pas reprendre notre vie d’avant»
Simonetta Sommaruga

 

On est encore loin d’un retour à la normale. «La crise n’est pas terminée, prévient Simonetta Sommaruga. Nous ne pouvons pas reprendre notre vie d’avant. Nous allons devoir vivre encore un certain temps avec le virus et avec ses conséquences économiques.»

 

Bonne surprise pour les restaurants

 

La bonne surprise du jour, c’est incontestablement la réouverture annoncée des cafés et restaurants dès le 11 mai. Selon nos informations, c’est la majorité de droite du Conseil fédéral qui a poussé à cette réouverture, avec une impulsion venue de la libérale-radicale Karin Keller-Sutter.

Officiellement, le gouvernement se défend toutefois d’avoir cédé aux pressions: «Nous savons gérer les pressions au Conseil fédéral, assure Alain Berset. Mais nous avons aussi un intérêt à écouter ce que toutes les branches nous disent.»

Manifestement, celle de la gastronomie a réussi à se faire entendre. Les restaurants pourront ainsi servir jusqu’à quatre personnes à une table. Les tables devront toutefois être espacées de deux mètres ou isolées avec un élément de séparation.

 

Incertitudes sur la reprise scolaire

 

Les nouvelles les plus attendues ce mercredi concernaient toutefois la reprise des écoles obligatoires le 11 mai. Nombre de questions sont restées là sans réponse, le Conseil fédéral renvoyant la patate chaude aux cantons. A eux de régler la mise en œuvre de cette reprise en tenant compte des spécificités locales. Il se murmure que certains cantons pourraient n’ouvrir que les écoles primaires le 11 mai, renvoyant à plus tard celle du degré secondaire.

Pour ce qui est des gymnases, écoles professionnelles et hautes écoles, la reprise est toujours attendue pour le 8 juin. Mais des cours réunissant cinq personnes au maximum pourront être organisés dès le 11 mai.

Quant aux examens de maturité, le Conseil fédéral adopte la même stratégie, à savoir celle de transmettre cet épineux dossier aux cantons. Ils seront libres d’organiser ou non des examens écrits, le renoncement aux examens oraux étant déjà acquis. Il n’y aura pas d’examen écrit en revanche pour les maturités professionnelles, qui seront délivrées sur la base des seules notes d’expérience.

 

Tous les magasins vont pouvoir rouvrir

 

Après la réouverture ce lundi des jardineries, magasins de bricolage et coiffeurs, tous les commerces pourront à nouveau ouvrir leurs portes dès le 11 mai comme attendu, de même que les marchés. Il y a moins d’incertitudes là en revanche, les règles d’hygiène et de distance en vigueur dans les magasins d’alimentation, qui n’ont jamais fermé, pouvant être transposées à la plupart des autres commerces.

 

Les rassemblements restent interdits

 

Le Conseil fédéral a aussi annoncé ce mercredi que les rassemblements de plus de 1000 personnes vont rester interdits jusqu’à la fin août au minimum. Voilà qui règle définitivement le sort de tous les événements sportifs ou culturels, de tous les festivals prévus durant l’été. «Ce sont des centaines de manifestations qui sont concernées», indique Alain Berset.

Les raisons de cette décision? Le risque que cela provoque un rebond de l’épidémie reste beaucoup trop important et cela rendrait impossible de remonter les chaînes de contamination. C’est aussi là un moyen de se coordonner avec les décisions déjà prises dans les pays qui nous entourent, a reconnu le socialiste.

Pour l’heure et jusqu’au 8 juin au minimum, tous les rassemblements de plus de cinq personnes restent interdits. Vous voilà donc bientôt libres de vous acheter de nouveaux habits, adaptés à la nouvelle coupe de cheveux que vous arborez depuis lundi, mais pas encore d’aller vous pavaner avec eux à une fête de famille ou un grand anniversaire. Le Conseil fédéral devrait décider le 27 mai si et quand il autorise à nouveau de tels rassemblements de moins de 1000 personnes.

 

Retour à la stratégie d’endiguement

 

La décrue de l’épidémie à une centaine de nouveaux cas par jour rend possible un retour à la stratégie de traçage et d’endiguement des nouvelles infections. Cela a d’ailleurs déjà été remis en route dans certains cantons, comme Genève et Neuchâtel.

Il s’agit en premier lieu de dépister toutes les personnes présentant des symptômes, même légers. Celles testées positives sont isolées et toutes les personnes ayant été en contact au moins un quart d’heure avec elles dès 48 h avant l’apparition des symptômes sont mises en quarantaine.

Pour faciliter cette tâche, le Conseil fédéral compte sur une application numérique qui informerait directement les gens qui ont été en contact avec une personne infectée. Elle est en cours de développement dans les Ecoles polytechniques de Lausanne et Zurich. Son utilisation resterait cependant facultative.


Cinq votations d’un seul coup

Le dimanche 27 septembre servira à rattraper l’annulation des scrutins du 17 mai.

Le Conseil fédéral a décidé ce mercredi de grouper les scrutins populaires sur l’initiative UDC contre la libre circulation des personnes, les déductions fiscales pour la garde des enfants, la loi sur la chasse et la facilitation du tir du loup, le congé-paternité et l’achat de nouveaux avions de combat. Pourquoi autant de sujets en même temps? La démocratie directe a un besoin de rattrapage, l’épidémie de coronavirus ayant amené le Conseil fédéral à repousser les trois votations du 17 mai (initiative de l’UDC, chasse et déductions fiscales).

Ce n’est pas la première fois que cinq objets se côtoient un jour de vote. Mais ce qui frappe cette fois-ci, c’est l’importante portée de chacun. Doit-on craindre l’indigestion, et par là même un débat démocratique noyé?

«Le Conseil fédéral est d’avis que la quantité est supportable», répond Walter Thurnherr, chancelier de la Confédération. «Nous avons confiance dans la population, qui est habituée aux votations. Elle est mûre et sait comment s’informer. Ce n’est pas le scénario rêvé, mais il est justifiable. Nous avons manqué une date et il faut la rattraper. Il y a bien eu des journées avec neuf sujets dans le passé.»

Certains parlementaires ne partagent pas cette opinion. «Il existe un certain risque que le débat soit noyé. Tous partis confondus, plusieurs élus sont engagés sur plusieurs objets, et ce sera compliqué d’être engagé sur tous les fronts. De même, l’accumulation de matière pourrait miner la participation populaire», grimace Jean-Luc Addor, conseiller national (udc, VS). La sénatrice Lisa Mazzone (verts, GE) est, elle aussi, sceptique. «Il me semble difficile de garantir un débat exhaustif sur l’ensemble des sujets et cela risque de desservir les référendaires, car le présupposé le plus répandu consiste à avoir confiance dans le projet du Conseil fédéral.»

A l’inverse, le chef du groupe socialiste au parlement, le Vaudois Roger Nordmann, avance que l’on «ne peut pas arrêter les processus démocratiques. Les gens seront contents de parler d’autre chose que du coronavirus, cela leur ouvre d’autres perspectives». Le PDC, quant à lui, se réjouit dans un communiqué que les droits citoyens et la démocratie directe reviennent à la normalité.

La tenue du scrutin du 27 septembre dépendra évidemment de l’évolution de l’épidémie de Covid-19. D’autant que certains spécialistes craignent une deuxième vague en automne. «Il s’agira de suivre la situation», reconnaît Walter Thurnherr. Philippe Boeglin

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